M. Pelchat nous écrit: Ça y est. Lélectorat américain a choisi de récompenser, en lui donnant massivement un deuxième mandat, lhomme qui a remporté lélection par la fraude en 2000, qui leur a menti pour les engager dans la guerre en Irak et a organisé, avec le Patriot Act, la plus grande attaque contre les libertés civiles depuis un siècle, cest-à-dire George W. Bush.
Cette fois, ils nont pas dexcuse. Du moins, si on en croit les résultats (« croire » étant ici le mot clé puisque les machines à voter utilisées par nos voisins du sud ne laissent aucune trace matérielle permettant de vérifier si le résultat à la sortie est bien conforme aux données entrées). Mais, indépendamment de ce doute lancinant, il nest pas du tout impossible que ce vote massif en faveur de Bush corresponde à la réalité. Personnellement, et contrairement à une majorité de Québécois, je nen ai pas été autrement surpris. Jai suffisamment voyagé aux Etats-Unis, et en particulier dans la « Bible Belt » du sud, pour savoir que la tendance politique représentée par Bush est le fruit dune vague culturelle profonde, poussée par une coalition dintérêts corporatifs et de fondamentalisme religieux. Cette alliance de la Bourse et de lAutel est supportée par une machine médiatique comprenant autant le réseau Fox que les innombrables « talk radios » qui, dans les années 90, nhésitaient pas à prôner lassassinat des Clinton. Cette alliance tient le coup parce que les grands patrons sont bien près à croire que la terre a été créée en 6 jours si le cest le prix à payer pour démanteler les contrôles anti-pollution et rendre la syndicalisation presquimpossible. Il aurait été très étonnant que les militants démocrates arrivent à lutter contre cette tendance. Et leurs chances ne vont pas augmenter dans les prochaines années.
Faut-il pour autant désespérer ? Personnellement, je ne me désole pas outre mesure de la réélection de Dubya. Appelez-ça une déformation professionnelle mais, historien de formation, je tends à voir les choses à long terme. Je vois en fait plusieurs raisons dêtre optimiste.
La première consiste dabord à relativiser la défaite de Kerry. Rien dans le programme du sénateur du Massachusets ne justifiait les espoirs que de bonnes âmes progressistes mettaient en lui. Il voulait continuer la guerre en Irak, construire le bouclier anti-missile et, en fait, ne se démarquait guère de son rival sur les enjeux fondamentaux. Au contraire, il prétendait faire la même chose que Bush, mais « mieux ». Ce qui est bien la dernière chose quon puisse souhaiter…
Il faut ajouter que les Démocrates ont, en général, de bien meilleur rapport avec ce quon pourrait appeler « les industries culturelles » américaines que les Républicains. Voyez le nombre de vedettes hollywoodiennes dans chaque camp, la distribution du côté Bush naurait pas permis de faire un court-métrage. Les Démocrates au pouvoir, cest Jack Valenti (ou son successeur) qui repart en croisade pour anéantir les cultures du reste du monde au profit de Disney et des autres majors. Cest un dossier beaucoup moins important pour les Républicains, davantage liés aux industries telles que la Défense et le secteur de lénergie. Ils ont donc une influence idéologique beaucoup moins importante en dehors de chez eux.
La victoire de Bush signifie aussi une plus grande tendance à lunilatéralisme et aux aventures militaires, ce qui aura pour conséquence de nourrir lantiaméricanisme et daugmenter le déficit budgétaire des Etats-Unis, ce qui ne peut pas être bon pour leur économie.
Ce résultat favorisera aussi une augmentation de linfluence des fondamentalistes religieux aux U.S.A.. De sérieuses attaques contre lenseignement scientifique ont déjà eu lieu dans les États de la Bible Belt, quon pense au Kansas ou ils avaient, un temps, réussi à faire entrer le récit de la Création dans les cours de biologie . Ils vont maintenant revenir à lassaut : le gouvernement les a mis en appétit, il va devoir maintenant nourrir la bête. Ils vont aussi tenter de faire avancer leur agenda au niveau international, comme ils ont déjà commencé en obtenant que les agences daide au développement financées par le gouvernement américains se voient interdire de parler de condom dans la lutte contre le sida. Voilà qui mine sérieusement la crédibilité des Etats-Unis dans plusieurs secteurs. À long terme, ce nest rien de très bon pour le développement scientifique, surtout que celui-ci a toujours été le fait des régions du Nord-Est et de la côte californienne, marginalisées par le triomphe du Sud intégriste.
Le conformisme idéologique conservateur et xénophobe qui a fait élire Bush a déjà eu des conséquences sur les étudiants étrangers dont le nombre connaît une baisse de 32 % aux U.S.A , ce que certains attribuent au fait quils sont rebutés par lobsession sécuritaire et le prosélytisme religieux. Or, ces étudiants, dont un grand nombre sétablissent traditionnellement aux U.S.A. , ont toujours été un élément important du recrutement des scientifiques américains. Dailleurs la baisse du nombre détudiants saccompagne déjà dune baisse de 8% des doctorats dans les domaines de pointe.
De plus, un certain nombre dAméricains envisagent sérieusement de déménager par les temps qui courent. La vague homophobe qui a marqué la dernière élection ainsi que la forte possibilité que des nominations à Cour Suprême dans les prochaines années amènent la suppression du droit à lavortement, sont de nature à en faire réfléchir plusieurs. ( P.S. :cest le moment ou jamais pour le Canada de recruter des immigrants qualifiés et qui, par dessus le marché, parlent déjà une des deux langues officielles !)
Des Américains qui fuient à létranger, cela sest déjà vu : les esclaves fuyant avant la guerre de Sécession, les « déserteurs » durant la guerre du Vietnam. Cela a toujours été le symptôme dune division profonde dans le pays.
Tous ces facteurs, joints à la montée en puissance de pays comme la Chine, lInde et, peut-être (qui sait ?), une éventuelle Union européenne efficace, sont de nature à diminuer linfluence des Etats-Unis dans le monde à long terme. Et ça, cest un développement incontestablement positif.
André Pelchat
LAvenir, Qc.
Les raisons d'espérer après la victoire de Bush.
publié le 06 nov. 2004 15:18
modifié le 16 août 2009 16:37
modifié le 16 août 2009 16:37
(
0 Vote )
Commentaires
ajouter un commentaireDu même auteur
- L'affaire Maher Harar et la "sécurité nationale"
- Quel individualisme ?
- La Ligue des droits et libertés s’inquiète de l’accès à l’eau potable pour les citoyens du Québec.
- petit résumé de la "démocratisation" irakienne
- Élections irakiennes
- Bush a-t-il vraiment été élu démocratiquement ?
- Sauver la soirée du hockey à Radio-Canada
- Sortez la moppe - Animation
- Le système d'exploitation le plus utilisé au monde est ... ? - du plus-petit-et-plus-éparpillé-au-monde
- ADISQ : Musique Piratée : Offensive

